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Après François d’Haene le weekend dernier, c’est au tour de Thomas Lorblanchet de prendre la parole et de s’exprimer sur l’avenir du trail. Thomas fut le premier traileur sacré champion du monde de trail en 2009. Il a vu la discipline évoluer et reste très attaché aux valeurs qui font l’essence même de ce sport. Sans langue de bois, il a accepté de répondre à toutes nos questions.

Avec François d’Haene et d’autres, tu fais partie des voix qui s’élèvent aujourd’hui contre les instances dirigeantes du trail, peux-tu nous expliquer pourquoi ?
Il y a 2 ans, avec François d’Haene, Séb Chaigneau, Julien Chorier et Virginie Govignon nous nous sommes regroupés pour discuter de l’avenir du trail car nous avions un sentiment mitigé concernant l’évolution de notre sport. L’engouement autour de la discipline nous faisait dire qu’il fallait mettre des choses en place pour défendre la discipline.
Pour autant, on ne se présente pas du tout comme les défenseurs de la bonne parole.  Nous voulions simplement présenter notre vision des choses.

Sous quelle forme avez-vous élaboré votre réflexion générale ?
Nous avons travaillé ensemble à l’élaboration d’un document qui est aujourd’hui globalement abouti et nous avions envie de le faire connaître. C’est à ce moment là que l’ITRA entre en piste.
Mandatée par l’IAAF, cette nouvelle association est alors chargée de poser une définition du trail running. Sachant que nous avions travaillé à l’élaboration d’une charte, l’ITRA a souhaité nous inclure dans les discussions. Ils trouvaient notre démarche intéressante et semblaient apprécier notre implication.
Parallèlement,  nous avons contacté de nombreux athlètes afin d’avoir une réflexion plus globale sur l’avenir de notre sport. Malheureusement, nous n’avons reçu que très peu de retours à ce moment là.

Vous avez donc travaillé en concertation avec l’ITRA ?
Oui, nous avons continué les discussions communes avec l’ITRA afin de définir ensemble les fondamentaux du trail running. Nous avons défendu certains points qui nous paraissaient essentiels concernant l’organisation des courses (parcours unique, départ commun) et qui seront finalement proposés à l’IAAF.
Notre volonté première n’était pas forcement d’être associés à l’IAAF, mais plutôt de défendre notre discipline par une définition qui correspondait à nos valeurs. Nous étions donc prêts à nous rapprocher de l’ITRA pour faire avancer les choses.

Quelle est la place des athlètes aujourd’hui à l’ITRA ?
Il faut savoir que sur les 20 sièges que compte l’ITRA, un seul est réservé aux sportifs. Nous avions donc choisi François d’Haene pour nous représenter car il semblait le plus à même de pouvoir porter notre projet tout en fédérant le plus grand nombre autour de lui.
Comme vous le savez certainement, c’est finalement Nathalie Mauclair qui a été choisie pour représenter les athlètes auprès de l’ITRA. Ce qui nous pose problème c’est que depuis 2 ans, comme beaucoup d’autres, elle ne semblait pas vraiment concernée par l’avenir de la discipline. Alors oui, Il faut des athlètes comme Nathalie à l’ITRA, mais cela ne peut pas être le son de cloche unique.

Seulement un seul athlète pour vous représenter, c’est peu, non ?
Oui, un seul athlète pour représenter l’ensemble des traileurs, c’est peu. Nous espérons une modification rapide des statuts afin qu’un rééquilibrage soit opéré. Aujourd’hui, il semble difficile de créer une association autour du trail sans consulter durablement les athlètes dans les décisions.

Quelle est votre position concernant les différentes polémiques autour de la FFA ?

En ce qui concerne la FFA, nous ne pouvons accepter de les voir débarquer en terrain conquis avec leur idée de taxer les courses et de modifier les codes de notre discipline. C’est eux qui imposent le départ différé des athlètes élites aux championnats du monde par exemple. Cela va à l’encontre de l’idée que nous nous faisons du trail running. Il faut noter tout de même une avancée par rapport à la dernière édition : la fin du parcours en boucles.
Imposer une licence journée pour les coureurs servira seulement à faire gonfler les chiffres de la fédération. Nous craignons malheureusement que cette manne financière ne serve pas notre discipline.
Aujourd’hui la FFA s’autoproclame une légitimité mais tout cela n’est qu’une vaste utopie. La fédération n’a aucune plus-value à apporter aux organisateurs. Le trail s’est construit sans l’aide des instances, dans l’anonymat le plus total et maintenant il faudrait les accueillir à bras ouverts !
Avant de tomber dans le giron de la FFA, le trail aurait peut-être du cultiver son indépendance.

Pour toi, quel est l’avenir du trail aujourd’hui ?
Honnêtement pour le moment je n’en sais rien. Il deviendra ce que les acteurs de la discipline veulent en faire. Le trail c’est l’aventure, le partage et des valeurs bien différentes de celles qu’on peut trouver sur la route ou à la FFA. Nous souhaitons que notre discipline évolue et se hiérarchise dans le respect des fondements de notre sport.
L’ITRA proposait des choses intéressantes, nous aurions pu avancer dans ce sens si elle ne s’était positionnée pro FFA. L’avenir de la discipline peut passer par l’ITRA à la condition qu’elle prenne en compte l’avis des acteurs du trail running en les impliquant davantage dans les décisions. Nous appelons à travailler ensemble au développement du trail de demain.

Appeler à boycotter les championnats du monde, c’est un acte fort, non ?
Nous nous positionnons plus pour la défense des valeurs de notre sport que pour le boycott de telle ou telle épreuve. Nous souhaitons surtout attirer l’attention sur les dérives de notre discipline. Nous sommes simplement contre des décisions qui sont prises sans avis consultatif des athlètes. Les instances dirigeantes font aujourd’hui des choix qui à long terme deviendront nocifs pour notre discipline. A la vitesse où vont les choses, d’ici 20 ans ils organiseront un ultra-trail à Bercy.
Avez-vous des échanges avec les coureurs de l’équipe de France ? Quelle est aujourd’hui la légitimité de ces championnats du monde ?

Non, de ce côté là, nous n’avons pas encore reçu de réaction mais nous restons évidemment ouverts à la discussion et l’échange constructif. Porter le maillot de l’équipe de France est un honneur, une fierté même. C’est le fruit d’un travail difficile et je suis bien placé pour en parler mais aujourd’hui il faut voir ce qu’il y a derrière. Quelle est la légitimité du champion du monde ? Ce n’est pas normal qu’il ne soit pas considéré à sa juste valeur. C’est triste à dire, mais avec la multiplicité des fédérations, c’est un titre qui ne représente finalement pas grand-chose. Il faudrait une uniformisation de la discipline. Cela me fait penser un peu à la boxe, chacun monte sa fédération,  à quand les championnats du monde des titres unifiés ?

Le mouvement insufflé semble assez franco-français, avez-vous des contacts avec les coureurs étrangers ?
Oui, aujourd’hui nous poursuivons également notre réflexion avec les athlètes étrangers comme Kilian Jornet, Anna Frost et bien d’autres. Nous allons ensemble finaliser une charte que nous proposerons aux élites de la discipline. L’idée serait d’arriver à fédérer autour de valeurs communes qui nous semblent essentielles et ce quels que soient les horizons et les divergences de point de vue. Nous souhaitons également proposer aux organisateurs un label qui véhicule nos valeurs et notre manière de voir la discipline.

Les tensions semblent s’accentuer ces derniers jours, cela ne risque-t-il pas de nuire au débat ?
C’est vrai, le débat a démarré sur une grosse animosité, et en fonctionnant comme ça, nous n’irons pas bien loin. Finalement tout le monde prétend détenir la vérité mais c’est illusoire. Le trail fédère une communauté qui doit s’organiser. Il ne faut pas nécessairement exclure les instances dirigeantes mais il reste important de respecter les codes qui sont à la base de notre sport. Nous avons la volonté de nous réunir pour montrer aux instances que nous sommes soudés, unis et que nous nous sentons véritablement concernés par l’avenir du trail running.
Merci Thomas.

Propos recueillis par Sébastien Réby