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diagonale-des-fousCette ligne droite sur le stade de la Redoute à des milliers de kilomètres de mes volcans éteints marque la fin d'une nouvelle saison.
Il m'a fallu chercher réellement au plus profond de moi pour pouvoir prétendre franchir les portes du stade. Trés tôt je suis sorti de la course pour entrer dans ma course, éliminer toutes pensées négatives qui à coup sûr auraient eu raison de mes aspirations à boucler le chemin.

La diagonale est ce genre d'épreuves où clairement les seules motivations extrinsèques qui vous amènent sur la ligne de départ sont insuffisantes voire même préjudiciables à une réussite de votre projet.

Qu'est ce que peut être la notion de réussite sur un Grand Raid ?
diagonale-des-fousLa réponse la plus simple, la plus évidente et pour la majorité d'entre nous est celle de pouvoir revêtir ce T-shirt jaune pour monter dans l'avion. Certes mais en réfléchissant (et croyez moi j'ai eu le temps sur le chemin des anglais), la réussite sur ce genre d'épreuves ne réside pas uniquement dans le fait de passer ou non cette ligne d'arrivée.
Réussir le Grand Raid, c'est en ressortir grandi...

Le Grand Raid comme catalyseur...

diagonale-des-fousLe cheminement qui vous amène sur une ligne de départ d'une Diagonale est propre à chacun. On y met la symbolique ou la motivation que l'on veut. Mais il est certain que cela découle souvent d'un procesus intérieur qui se doit d'être plus ou moins long et réfléchi pour vivre l'aventure correctement et espérer en retirer du positif.
Pour ma part, la préparation pour cette Diagonale était loin d'être optimale. La faute a un corps fatigué et insuffisamment remis des précédentes échéances. Mais rien n'est hasard... Une lésion musculaire au mollet qui m'éloignera de mes runnings pendant 6 semaines.
Je savais donc pertinemment que le Grand Raid aurait une finalité bien différente que la simple hiérarchie du classement final et devenait presque un moyen vers une meilleure connaissance intérieure du bonhomme.

Le chemin...
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Au départ de Saint Pierre, les quelques gouttes qui tombent, obligent à quitter rapidement la zone de confort émotionnelle.
Le regard de mes filles pourtant habituées depuis toute petites en dit long sur l'émotion qui rejaillit sur cette ligne de départ.
Je n'ai jamais vu autour d'une épreuve de trail une telle magie et engouement de la part des spectateurs. Celle-ci vous porte littéralement dans l'obscurité jusqu'au départ des premiers sentiers.
Les premiers passages techniques me confortent malheureusement sur le fait que mon inactivité pédestre de ces dernières semaines n'a pas vraiment rendu mon pied montagnard. Je ne me positionne pas en tête de course car je sais pertinemment que mon épreuve et mon chemin sont bien ailleurs pour les heures à venir.
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La nuit se passe, le lever du jour et les paysages peu avant Cilaos me font relativiser les douleurs de mes cuisses meurtries par le terrain. A ce stade, je suis pourtant encore persuadé d'avoir vécu mon seul lever de soleil de cette traversée.

Lorsque j'arrive à Cilaos, je revois Anne-Sophie et les filles que j'avais quittées depuis le départ. La vision d'un être cher à ce moment de la course était pour moi essentiel. Cela fait maintenant quelques heures que je lutte ou tout du moins m'efforce de garder à distance mes pensées négatives qui tournent autour de moi comme des vautours sur une proie.

La remontée sur le Col du Taïbit est longue, la température grimpe aussi vite que l'altitude augmente. Les compagnons de fortune s'enchaînent à mes côtés. Il est étonnant de voir la différence de gestion de l'effort en fonction des coureurs pour un même résultat final. Chacun obéit à un rythme sinusoïdal propre et je pense qu'il est compliqué de forcer ou calquer son mode de fonctionnement sur une autre personne.



diagonale-des-fousLes bases de vie s'enchaînent et je prends de plus en plus de temps pour repartir.
A Grande Place, je suis même obligé de m'allonger et dormir 30' sur les conseils médicaux.
A partir de ce point, je sais pertinemment que la seule solution pour voir La Redoute résidera dans ma capacité à me projeter uniquement de ravitaillement en ravitaillement.

J'arrive difficilement au ravitaillement du 100e km. Je vomis plusieurs fois de suite peu avant la base de vie  et arrive à Roche Plate dans un état de toute évidence peu compatible avec mon projet de finisher. Je suis pris en charge par l'équipe médicale. La tension et la glycémie mettront un peu plus d'une heure pour remonter.

Arrêter ici ? Pour faire quoi ? Attendre une navette qui mettra un temps bien supérieur au mien pour rejoindre le sommet du Maïdo ?



diagonale-des-fousJe repars donc sous l'aval de l'équipe de soin avec comme objectif premier de rejoindre le sommet de ce juge de paix. La course pour la victoire commence ici. Ça se sera pour une autre fois... Pour cette année, c'est aussi un point clef de ma Diagonale, car durant cette ascension je comprends et prends le temps d'analyser de nombreux concepts. ''ici et maintenant'' prend tout son sens. Profiter de l'instant... Au bord de l'abandon, il y a 30', je me surprends à repenser positivement et à retrouver un but à ce chemin...
La descente depuis le Maïdo (- 1800m de Déniv) jusqu'à la mer est longue mais se déroule bien. La fin du parcours, il faut être clair, n'est pas vraiment la partie la plus jolie du GRR. La course y gagnerait inévitablement à supprimer cette succession de remontées et descente sur le bord de mer. Mais le tracé n'est pas vraiment motivé par une logique de relief pure mais par des points de passage ''politiquement correct''...
Les allures me permettent d'échanger et de discuter avec de nombreux trailers aves cui je partage un bout de chemin. Chacun est venu avec ses aspirations, son histoire, mais au fur et à mesure que le stade s'approche, la motivation et le but sont commun : Finir cette put... de descente du Colorado et fouler le stade et sa la ligne droite en tartan...

Mon deuxième lever de soleil intervient quelques minutes avant l'arrivée. Comme si le début d'une nouvelle chose s'écrivait ici et maintenant.
A quelques centaines de mètres de franchir la ligne, le ouf de soulagement... Vivre chaque mètre et les graver dans ma boîte à souvenir. A coup sûr je repars de Saint Denis avec un disque dur émotionnel presque saturé...

Clap de fin...
Ma saison 2015 prend fin ici. Enormément de changement cette année... Une nouvelle organisation, de nouveaux horizons avec des courses où je sors de ma zone de confort et de ''savoir faire'' pour apprendre et comprendre...
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Alors ai je réussi ce GRR 2015 ? Une fois le deuil digéré, de me présenter sur la ligne avec une préparation réussie, le simple fait de vivre pleinement la fête et de quitter l'île différent répond à cette question.
La Diag' est ce genre d'épreuves qui vous grandit.
Depuis de le pays de mes volcans éteints, le rendez-vous est pris...