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Pourquoi on court ?
Même si je suis encore loin de pouvoir m'apporter tous ces élèments de réponses, j'ai quitt é le sol américain avec une certaine idée sur la question... et dans l'immédiat, la réponse est plutôt simple : Revivre des moments comme ce tour du stade d'Auburn ce Samedi 27/06 à 21h00...

Si cet hiver on m'avait dit que je courrais les yeux chargés d'émotions sur une piste d'athlètisme, je n'y aurais pourtant pas vraiment cru... mais tout est souvent question d'état d'esprit et de symbolique...

La Western States est vraiment une course à part.

Historiquement dans un premier temps. Projetez vous dans l'esprit du premier finisher pédestre qui à la base s'était engagé sur une course hyppique puis qui décide de rallier l'arrivée sur ses jambes suite au forfait de son destrier la veille du départ. Un pionnier, certes mais la voie était ouverte et l'histoire en marche.
L'esprit autour de la course. L' ''american ultra running spirit'' est loin d'être un simple mythe. Et malgré le monument médiatique qu'est devenu l'évènement, l'organisation a su garder et préserver toute une multitude de petites choses pour garder l'esprit originel de la course.
Mais la chose qui frappe le plus est clairement l'état d'esprit des runners. Avec une vision européenne on pourrait penser à un mélange entre l'hyper communicatif d'un côté et la modestie et l'humilité dans l'effort de l'autre.


- Pre race
De par nature, je suis assez rarement satisfait d'une préparation. Un petit syndrôme du ''oui mais...'' sur lequel j'essaie de travailler en permanence... Cela dit, j'essaie de mettre les choses en place pour au moins souffrir le moins possible le jour J.

Chaque course est unique. Une course réussie passe par une bonne analyse des spécificités propres à l'épreuve. Dans mon cas, les éléments qui m'apparraissaient essentiels pour la western étaient :

- Un parcours... :

L'analyse du parcours, son profil depuis la France et devant son écran, avec un état d'esprit très européen de la discipline met effectivement l'accent sur le caractère roulant de l'épreuve. Cela dit, et c'est une mode à l'heure actuelle, toutes les courses qui ne se gagnent pas à plus de 8 km/h de moyenne sont catégoriser pour ''coureur rapide''... L'évolution vous me direz... Mais quand j'entends des trailers me dire que le tour du Mont Blanc ''c'est trop roulant'' là je me dis qu'il y a un léger problème de perception...
Certes, c'est roulant mais la difficulté réside dans le fait de pouvoir absorber les quasi 6000m D+ en courant le maximum justement...

- La chaleur... :
Cela reste un des points clefs de la Western et le printemps clermontois n'est pas vraiment coutumier de la canicule. Il a donc fallu trouver des plans B pour simuler les températures. 3 ou 4 séances de Sauna dans les dernières 3 semaines m'auront peut être aidées. Même si j'aurais aimé faire mieux, avec un protocole sur un plus long terme, la logistique n'est jamais bien simple à mettre en place dans une vie chronométrée...

Concernant ce point, j'ai pris l'option qui m'avait réussi pour Leadville et l'acclimatation à l'altitude à 3000m. J'ai pu être sur place une bonne semaine avant et ainsi m'habituer à cette température étouffante qui vous fait regretter d'être sorti sans lunettes ou de n'avoir pris qu'un bidon de 500mL pour un malheureux footing d'1h30...
Autre point qui revêt son importance pour la western, c'est le poste couture... En effet, s'il y a une course qui nécessite une certaine adaptation de son équipement c'est bien celle-ci... Tout est bon pour essayer de confectionner des astuces pour courir avec de la glace pilée : carotides, canal carpien, triangle inguinal, etc... Importance également du textile utilisé, séchage rapide, mais aussi nature de celui-ci. Pour ma part, j'ai pu courir avec un T-Shirt en textile céramique. Plutôt septique au début mais je pense un plus certain sur la longueur.

- Un (ou des) Pacers :
Bien plus qu'un compagnon de course... Spécificité des courses aux US, celui-ci intervient (selon l'épreuve) généralement à un moment où la tête est censée prendre le relais sur les jambes. Et c'est bien là tout l'enjeu de choisir le bon pacer.
Pour la Western, celui-ci intervient au 95e km, autant dire que l'échauffement musculaire de ce dernier ne revêt pas une importance capitale pour pouvoir assurer le rythme du coureur...
A la grande différence de Leadville où j'avais pu (du) caler les pacers la veille et même pour mon second ne le découvrant qu'arrivant à l'aid station, je savais dès Février quels seraient mes protagonistes.
Guillaume (qui possède un véritable Master 2 en Western States 100) avec qui le courant est passé comme si on se connaissait depuis 10 ans assurerait la première partie jusqu'à Rucky Chucky.


Pour la dernière partie, c'est du clermontois pure souche avec Mathieu (sparing partner clermontois mais tellement plus et entre autre parrain de ma fille...).


Le rôle du pacer historiquement parlant est surtout d'assurer la sécurité du coureur, palier le manque de vigilance en lui indiquant le chemin, etc... Au final, c'est en plus de tout cela, votre ''grand frère''. ''T'as bien mangé ?'', ''Aller en haut on recourt...'' ''T'inquiète ça va revenir...'' ''C'est top ce que tu fais'' ''Pense à boire'', ''Encore 4 bornes et on arrive à l'Aid Stations'', voilà en gros les quelques phrases qui reviennent comme une chanson dans la tête que l'on n'arrive plus à oublier.
Seulement, je peux vous assurer un truc. Que cela soit du côté pacer ou runner, dans les derniers hectomètres, les 2 ont les yeux mouillés. Si tu veux aller vite, vas y tout seul, si tu veux aller loin allons y ensemble. Je rajouterais, si tu veux aller loin et décupler l'émotion, vas y avec un pacer...

- La S-1... :
Si dans la plupart des cas, cette semaine a une grande importance, elle prend un caractère bien particulier avant un Ultra. J'ai pris l'option de vraiment décharger S-2 et reprendre l'entraînement dans cette semaine S-1 pour habituer l'organisme aux conditions réelles (température, terrain, ambiance...) rencontrées le jour J. Voilà pour l'aspect physiologique. L'autre aspect indissociable d'une course réussie en ultra est l'aspect psychologique...  Je me déplace hors structure team ou tout du moins indépendant d'une logistique ou d'une équipe que je ne choisis pas. Pour ce trip US, je n'aurais pu espérer mieux. Partager cette dernière semaine avec des personnes comme Chris' Malardé, François D'Haene ou Julien Chorier, était pour moi la meilleure des façons d'aborder la course détendue.


Un groupe, certe très Frenchie, mais avec une vision commune du trail. Des coureurs qui sont dans le milieu depuis suffisamment longtemps pour prendre du recul, pour apprécier la chance et l'opportunité qu'ils avaient de pouvoir écrire une des belles pages du trail ''made in France''.

- Action !!! :
Loin de moi l'idée de revenir sur un film de course, simplement des images, qui restent encore dans la tête, une fois la course digérée.

Il est toujours préférable de faire évoluer une organisation réfléchie que de voir venir et de s'organiser le jour J.



Un départ à la fraîche (enfin presque … 25° à 5h00).



Une arrivée au sommet de la première difficulté avec le lever de soleil sur l'arrière pays californien et le début d'une belle journée.



Un mano a mano avec François et Rob pendant toute la première partie du parcours. Sur des temps inférieurs au record de l'épreuve, une fin laborieuse se prépare...



Pont d'Eldorado Creek. Restauré cet hiver par les organisateurs passionnés par leur parcours. La course pour la gagne s'est clairement jouée ici cette année...
Nombre de victoires à la Western se décident dans cette remontée sur Michigan Bluff. Le groupe de 3 explose littéralement aprés ce pont.



Sous les yeux bienveillants de Guillaume... Une descente vers la rivière et le passage à gué sous des températures supérieures à 40°C.



Une traversée de la rivière au lieu dit Rucky Chucky au 125e km. Une baignade salvatrice... La course prend toute sa mesure aprés ce franchissement.



Revenu sur Jared Hazen, juste aprés la rivière. Je suis 3e à ce moment là (130e km). La fin de course est au mental pour finir 5e de cette première western.



S'il n'y avait qu' une ligne droite de 100m sur piste, ce serait celle là... Auburn Stadium



Une western qui se termine. Clap de fin sur une première partie de saison.
Reprendre le cours des choses, courir pour soi en se fixant un objectif tout en gardant le cap malgré les sirènes et les obstacles divers et variés qui se dressent sur le chemin.
On ne nait pas utra runner, on le devient...



La saison se poursuit, et si je ne sais pas complètement pourquoi je cours, je sais au moins vers où je veux aller...