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L'aventure...
Une notion essentielle dans ma vision du trail...
Bien entendu, cette notion est toute relative et ne peut être décontextuellisée de l'individu. Le degré d'aventure ''ressenti'' est quasi le même pour Kilian Jornet dans l'Inominata ou pour ma fille qui gravit les Muletiers ou bien encore pour le coureur plus aguerri qui cherche à répondre à cette question existentielle : ''il y a quoi derrière cette montagne ?''. C'est cette volonté d'engagement personnel qui doit rester la sève de notre pratique.

 

C'est ce besoin d'aventure et de défi qui m'a fait me présenter en 2001 à la Fontaine du Berger au pied du Puy de Dôme. Le concept était simple : rejoindre le point culminant auvergnat (Le Sancy) et redescendre sur la station du Mont-Dore. Un parcours d'environ 55 kms et 2500m+, un bon morceau pour l'époque dans un contexte où il ne devait y avoir qu'une dizaine de trails et deux marques de diététique dans l'hexagone.

Le principe de partir de chez soi pour aller rejoindre l'horizon vers un point qui même depuis la fenêtre vous paraît éloigné, tout cela par la seule force de vos jambes et de votre énergie (physique et spirituelle) m'a toujours attiré.
L'essor des GPS, des logiciels de cartographie, des partages de traces en tout genre,  a mis quelque peu mes cartes de rando aux oubliettes mais dans l'esprit rien a changé.

Cette ''Puy de Dôme – Sancy'' relie les 2 points culminants et mythiques du département et chemine en quasi totalité sur le GR4. Elle relie 2 chaînes volcaniques : la chaîne des Dômes et le massif du Sancy. Mais le GR4 se prolonge bien aprés le Sancy...
C'est en dépliant une carte et en analysant une sortie réalisée dans le Cantal (l'autre pays du Fromage...) au mileu du Plomb du Cantal, du Puy Griou et du Puy Mary que je me suis rendu compte que le balisage GR liant tous ces sommets était tout simplement ce GR4.

Bien entendu, ce n'était pas la découverte du siècle, ni Christophe Collomb qui découvre l'Amérique mais une sensation de mieux comprendre et connaître son terrain de jeu, de maîtriser les pièces du puzzle géographique autour de chez soi.

La trace existe depuis bien plus longtemps que mes débuts d'escapade en pleine nature. Et certains n'ont pas attendu mes envies d'évasion pour s'essayer sur des défis auvergnats.
C'est ainsi, lors d'échanges avec Antoine Cayrol (Guide de haute montagne Cantalien, himalayiste entre autre...) que j'ai su que pour parfaire sa condition estivale, il s'était lancé dans une jonction des 3 points culminants du massif Central depuis le Lioran en rando. Un petit bout de trace...

 

J'ai pu apprendre tout au long de ces saisons en trail qu'il n'existe pas de vérité absolue. Les ponts entre les disciplines et les visions de l'endurance outdoor sont non seulement multiples mais aussi et surtout nécessaires vers une ouverture d'esprit.
J'ai également appris à estimer et à admirer tous ses pionniers qui ouvrent dans un premier temps une brêche et devient une voie pour les générations suivantes.
Se lancer dans une aventure avec comme leitmotiv la citation de Mark Twain : ''ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait'', c'est là la base de tout...

J'ai découvert et fait la reconnaissance de toutes les parties du GR4 qui me permettent de rejoindre et de lier ces 3 massifs. Je connais les yeux fermés certaine portions et ascensions tant j'ai pu les fouler de mes runnings par toutes les saisons.

Il y a bien longtemps que j'ai souhaité ''savoir'' si un jour je serai capable de partir d'un endroit où même en voiture le trajet me parait long (j'y ai passé mes vacances pendant prés de 20 ans) et rejoindre la ville où je vis aujourd'hui avec ma famille en cheminant sur ce GR4. Les aléas des saisons sportives et ses contraintes ne m'ont jamais forcément permis de le faire.
Mes objectifs et projets sportifs sont tournés vers des épreuves de cœur, des courses qui m'ont fait ou font toujours rêver. Certes une vie ne suffira pas à tous les satisfaire mais j'avance et chaque année tente de rayer une ligne de mon carnet...
Cette année, j'ai la chance de pouvoir être au départ d'une des courses les plus prestigieuses et mythiques du globe : La Western States. 100 miles à travers la Californie, pour joindre Squaw Valley à Auburn. Encore une belle trace... De par son histoire, son esprit, elle est pour beaucoup dans l'émergence du trail en Europe.

C'est dans cette vision du trail que j'ai voulu inscrire cette traversée via le GR4. Retour à du basique, de l'authenticité et simplement courir sur des sentiers en toute liberté. Préparer son projet, se donner un cap et s'y tenir. J'ai donc souhaité m'élancer sans assistance, en autonomie complète du départ à la fin. Certes, aller le plus rapidement possible reste un objectif mais est loin d'être ma finalité. Une épreuve contre soi même mais aussi et surtout pour soi même.

La vie est un brouillon que l'on ne refait jamais. Je m'élancerai donc durant la première quinzaine du mois d'Août, dans ce challenge. Un défi à taille humaine, sans prétention démesurée mais à haute valeur symbolique en ce qui me concerne.
J'ai souvent fermé les yeux et me suis endormi en m'imaginant sur des chemins à perte de vue avec comme seule limite la prochaine montagne à gravir. Aujourd'hui j'espère pouvoir mettre les choses en place pour pouvoir vivre ce rêve éveillé cet été.