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Madeira Island Ultra Trail

Back to the natural...

La base... Partir en courant d'un point A pour ralier un point B en traversant un massif, une île, un territoire... Un concept simple, pur, presque une évidence...

Seulement, voilà, les plus beaux spots de la plantète, les plus belles épreuves ne sont pas grand chose si vous restez cloués au sol par les revendications syndicales des aiguilleurs du ciel français... Le MIUT a donc commencé bien avant de fouler mon premier pied sur l'archipel portugaise.  Une des plus grandes qualités du coureur de trail globe-trotter moderne reste l'adaptabilité au terrain, aux différentes conditions climatiques. Mais à cela s'ajoute la réactivité et la ''démerde'' avec la logistique des voyages... Il est évident que j'ai déjà été beaucoup plus reposé et frais sur une ligne de départ mais c'est le cas de beaucoup de monde sous cette arche gonflable de Porto Moniz. Les baillements et les marques de fatigue sont largement compensés par ce soulagement et cette excitation de pouvoir partir à l'assaut de cette traversée de l'île d'Est en Ouest. Je pars dans l'inconnu la plus totale. Aucune connaissance terrain du parcours hors mis le topo de l'organisation et les infos glanées ici et là en discutant un peu avec les otoctones. Pas d'assistance sur place, un sac de rechange à mi-parcours avec des affaires sèches et du ravitaillement perso, une épreuve ''back to the source''...

Dès les premiers hectomètres, le ton est donné, et les premières rampes bitumées à gravir dans la ville de Porto Moniz affichent la couleur, avec des pourcentages à faire mettre pied à terre même le plus chevronné des cyclistes. Le choix de prendre des bâtons s'est vite révélé très salvateur dans mon cas. Je me remémorais encore ces séances hivernales à courir à 19 km/h qui à ce moment donné me paraissaient presque une hérésie... Après l'excitation de la première demi-heure de course, on entre dans la forêt... Je ne connais pas vraiment mon positionnement mais ne m'en soucis guère et décide de gérer mon propre tempo au même moment où je mets en marche l'ipod mini dans les oreilles. Je remonte tout doucement sur la tête de course mais montre d'énormes lacunes dans les descentes techniques nocturnes. Chose qui était un de mes points forts à mes débuts se révèle un handicap certain et une perte de temps phénoménal. Appréhension, déformation professionnelle, certainement les deux... J'arrive au 60e km en tête de course accompagné de 2 autres coureurs portugais habitués des lieux puisqu'arborant les couleurs du club de montagne de Funchal et Porto Da Cruz. Je prends le temps de récupérer mon sac de mi-course et le temps de me changer. Je prends également conscience de l'apport psychologique phénoménal de pouvoir croiser le regard, les mots ou les attentions de ''têtes connues'' sur ces zones là, puisque je ne vois strictement personne et repars donc au sec mais quelque peu émoussé dans l'ascension de la grosse difficulté du parcours. Il est clair que sur le papier, la course commençait à ce moment là. Déjà 4300m de dénivelé effectué  jusqu'à présent mais le plus rugueux arrive avec cette ascension du Pico Ruivo et la traversée du massif jusqu'au Pico do Areeiro. Même si j'en avais conscience à la lecture du topo, la réalité du terrain en est presque pire et j'accuse clairement le coup.  Je me fais distancé par mes 2 compagnons du jour et vois revenir sur moi, un ''ancien'' du circuit avec qui j'ai eu l'occasion de courir quelque fois et notamment à Serre Chevalier en 2009, moi sous les couleurs françaises et lui germaniques. Les tuniques ont changé pour ce jour et nous voilà lancé tous les 2 avec nos tuniques de galèriens...

Je ferais toute la montée dans sa foulée (un bien grand mot puisque je ne suis pas sûr que l'on ait souvent dépassé le 4 km/h...). C'est au sommet où le parcours revêt une toute autre physionomie. Plus aucun arbre, le minéral et les roches volcaniques les ont remplacé. C'est magnifique... Des falaises de prêt de 800m, des passages sous corniches, des marches taillées dans la roche... Un paysage où à ce moment donné, bien que n'étant pas à mon aise, je sais ce que je suis venu chercher ici. Renaud Rouanet nous rejoint et le changement léger d'allure est fatal à Matthias, je ne le reverrais pas de la course et tente de faire un bout de chemin avec Renaud. Les courses sur Ultra ont cette particularité d'être un enchaînement de phase On/Off, où l'on doit faire face à de grands moments de solitude physique enchaînée avec des phases d'euphorie certes temporaires mais toujours très agréables et qui vous font oublier votre détresse de l'heure d'avant...L'enchaînement des passages techniques, mêlé à mon désarroi physique ont vite raison de mes ambitions d'accompagner Renaud sur la suite du parcours. Là vous savez que vous êtes sur un Ultra quand vous laissez partir le gars parce qu'il arrive à monter 2 marches en même temps et pas vous... Le sentier longe les crêtes jusqu'au point culminant du parcours à 1820m que j'attends avec grande hâte. Le brouillard est bien présent et le panorama maintenant complètement absent me laisse dans mes pensées les plus négatives.  J’atteins enfin le refuge, fais quelque chose qui jusqu'à maintenant m’apparaissait juste impensable en course. Je m'assieds pour manger une assiette de riz. Les habitués des ultras trouveront la chose logique mais croyez moi, si l'on m avait dit que je me retrouverai dans cette situation dix ans auparavant, je n'y aurais pas cru l'ombre d'une semelle. Je m'élance dans la descente tant bien que mal et vois défiler les coureurs que je suis incapable de suivre. Dans ces situations, le raisonnement est assez simple et s'apparente presque à de la survie, à savoir mettre les choses en place pour rejoindre l'arrivée. Combien de kilomètres jusqu'au prochain PC ? Combien de kilomètres jusqu'à l'arrivée ? Vous regardez pour la 30e fois en 5 min le topo et le dénivelé restant pour la prochaine ascension ? Mais la chose la plus paradoxale, vous êtes bien...(toute proportion gardée). Plus rien ne compte réellement si ce n'est votre capacité à rejoindre cette finish line.

Il reste une dernière ascension avant de plonger dans les 25 derniers kilomètres totalement plats ou descendants. Ce qui au final, vous donne tout de même un parcours avec quasi 7000m de dénivelé sur 90 kms, un autre monde pour le TomTom... Au début de la descente je vois revenir sur moi, Lionel Trivel, habitué des épreuves de ce type.  Nous filons bon train jusqu'à l'arrivée. L'arrivée sur Machico est une délivrance mais finalement c'est avec une certaine fierté que je franchis la ligne. Il est clair que j'aurais signé pour un podium mais je ne donnais tellement pas cher de ma peau au 60e que de pouvoir me traîner jusque là m'aura permis de trouver des ressources qui je sais m'aideront pour les prochains défis. On recherche toujours ce que je pourrais appeler une course ou une épreuve étalon sur une saison. C'est à dire la course qui vous sert de repère sur vos allures, vos sensations, votre organisation personnelle. Qui vous permet de vous appuyer sur toutes une multitudes de petites choses qui ont fait que cela vous rassure et vous confirme que vous êtes dans le vrai. Dans un certain sens, de par la philosophie avec laquelle je me suis rendu au Portugal, de par la manière dont j'ai pu géré l'épreuve en solo, le MIUT peut être cette épreuve pour 2015... 

 

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